Miss Griff

LA « MESS ‘ »
OU OFFICE DE CÉLÉBRATION BRANLANTE ET CHAOTIQUE
DU MYSTÈRE DE NOTRE CONDITION

de et par Nicole Charpail

Miss Griff entre en scène en tirant un prie-Dieu. Elle s’adresse tour à tour aux spectateurs et à un personnage invisible en coulisses, qui semble l’inquiéter : l’homme aimé dont le cerveau déraille – mais prophétise.
Elle va alors intercéder entre LUI et EUX, les spectateurs, par le biais d’une liturgie mêlée de confessions peu orthodoxes.
Déconstruisant peu à peu une image sophistiquée, Miss Griff en passera par les figures de prêtresse, de guerrière, de sainte, d’ange, pour laisser apparaître, in fine, le visage de la comédienne.

Un rituel « laïc », une tentative de lien avec l’assistance, scandés par ce leitmotiv : « Qu’est-ce qui peut bien encore nous rassembler, on se le demande ? »

La Mess’ n’est ni vraiment un spectacle à voir, encore moins un nouveau dogme à consommer, mais plutôt une convocation :

Ici est proposé à l’assistance d’être partie essentielle d’une tentative poétique destinée à nous représenter à notre condition « d’être ou n’être plus humain ».
L’art dramatique peut-il servir de lien entre une âme et une autre ?

Y a-t-il un gouffre, au bord duquel un seul d’entre-nous qu’on laisse tomber entraînera cette fois à sa suite l’humanité entière?

Y a-t-il une voie par laquelle il serait possible d’accompagner l’errance d’un seul d’entre-nous?

Y a-t-il un sens au dévoiement d’une âme, un point en abîme vers lequel elle se serait précipitée pour jeter à notre vue l’issue des errements de tous?

Y a-t-il une extrémité au bout de laquelle il faut maintenant aller main dans la main coûte que coûte?
A la question : Qu’est ce qui peut bien nous rassembler, on se le demande ?
la mise en scène de Miss Griff ne répond pas mais propose à l’assemblée – acteurs et spectateurs – de se représenter à la question depuis le désarroi qui y préside – et sous autorité du dialogue.

 

 


LA FORME
Miss Griff procède de la métaphore en abîme, de la structure en tiroirs gigogne.

La fiction missgriffienne ne fait que symboliser le dispositif théâtral : entre sa vie privée et le regard public, Miss Griff explore l’espace aussi précieux que menacé de la scène.
De même qu’une messe, le théâtre de Miss Griff n’est pas un spectacle mais un rituel de représentation. C’est du reste aussi pourquoi il est possible à Miss Griff de commencer par faire le récit d’une passion intime, ordinaire et tragique – sorte d’oratorio – qui fait la trame de son office : premier tiroir d’accès au rituel, accessible à tout un chacun. Comme le « fou » ou comme le poète, Miss Griff tire de sa réalité personnelle ce qui en constitue le mythe. Miss Griff est à mon sens elle-même, une métaphore d’un combat existentiel qui vaut pour chaque être humain. Chacun de nous peut inventer quelle serait « sa messe ».

LE MASQUE PAR COUCHES

Le corps visible de Miss Griff est une scénographie. Costume et maquillage procèdent d’une même structure en poupées gigognes.
Miss Griff est un oignon. D’un oignon on ne distingue pas le cœur de la peau. Si Miss Griff procède à un dépouillement pendant la représentation, elle n’enaura jamais fini d’enlever les pelures. Ce qui reste en fin de parcours permet à l’actrice de sortir de scène juste avant d’avoir crever entièrement la notion de spectaculaire. Miss Griff, la Miss, fait aussi de tous ses accessoires féminins autant de petites « armes » pour affronter sa réalité.
M.G. emprunte bien à différents éléments culturels sans qu’on puisse la situer nulle part précisément dans le temps ou les cultures. Pour la Messe, nous nous sommes inspiré avec Lya Garcia (sculptrice au crochet), d’éléments relatifs aux armures japonaises anciennes ainsi que des figures ambiguës d’anges guerriers repérables dans l’histoire religieuse.

Dessins extraits du livre  » L’oeuvre à vif  » édité par l’association Horizon Nomad.

SCÉNOGRAPHIE / LUMIÈRE
La régie intégrée

Pierre Court est un artisan de la lumière. Avec des objets détournés, il fabrique lui-même différentes sources lumineuses et effets de lumière. La lumière est ici luminographie. Cette luminographie s’effectue à vue, Pierre étant en bord de scène, bien visible, entre le personnage et les spectateurs.

Le matériel de régie, les luminaires et objets de transformation lumineuse, de même que les actions même du « régisseur » sont intégrés à la représentation. Amené aussi à monter sur la scène pendant la représentation pour corriger une lumière par un déplacement d’objet ou porter un accessoire à Miss Griff nécessaire à l’office, Pierre est lui-même acteur et personnage du rituel. Il fait lien entre la scène et la salle, complice tour à tour du personnage ou des spectateurs.
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